Cinq ans après son lancement, le dispositif 100 % Santé en audiologie était au cœur des débats du 46e Congrès des audioprothésistes. Lors d’une table ronde réunissant représentants de la profession, des fabricants, de l’Assurance maladie et des complémentaires santé, un constat partagé s’est dégagé : la réforme a permis des avancées majeures, mais elle doit désormais évoluer pour rester soutenable.
Dès l’ouverture, Luis Godinho, vice-président du SDA, a appelé à « dresser un bilan lucide » du dispositif et à réfléchir collectivement à la manière d’en préserver les bénéfices. Il a rappelé que le modèle repose sur des équilibres fragiles, notamment parce qu’il concerne en grande partie une population âgée. Dans ce contexte, il a mis en garde contre toute évolution qui viendrait déséquilibrer la répartition actuelle des financements, estimant qu’un tel scénario risquerait de compromettre l’accès aux soins pour les plus fragiles. Au-delà des enjeux financiers, il a tenu à rappeler l’impact sanitaire de l’appareillage auditif, en insistant sur ses effets concrets en matière de prévention, qu’il s’agisse des chutes, de l’isolement ou encore du déclin cognitif. Il a également rejeté l’idée d’un secteur bénéficiant d’effets d’aubaine, affirmant clairement qu’« il n’existe pas de rente ». Revenant sur la question des fraudes, souvent mise en avant dans le débat public, il a souligné que les dispositifs récents avaient permis de mieux encadrer les pratiques, appelant à ne plus focaliser les discussions sur ce seul sujet. Selon lui, certains contrôles exercés par les complémentaires sont perçus sur le terrain comme excessifs et parfois davantage orientés vers le ralentissement des remboursements que vers une véritable lutte contre les abus.
Du côté des industriels, Cédric Perry, vice-président du groupe aides auditives du Snitem a mis en avant le rôle déterminant de la qualité des équipements. Il a souligné que les appareils de classe 1, intégralement remboursés, offrent aujourd’hui un niveau technologique élevé, régulièrement amélioré, ce qui a largement contribué à installer la confiance dans le dispositif. Il a également rappelé que la France se distingue par des prix globalement inférieurs à ceux observés dans le reste de l’Europe.
Mais ce succès soulève aussi la question de son financement. Laure-Marie Issanchou, directrice santé de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), a insisté sur l’ampleur de l’effort financier consenti par les complémentaires santé. Elle appelle à replacer le débat dans une réflexion plus large sur la soutenabilité du système et sur le principe de mutualisation. Elle a également alerté sur certaines pratiques commerciales qu’elle juge préjudiciables et a plaidé pour l’émergence de nouveaux modèles, notamment pour mieux répondre aux besoins en établissements pour personnes âgées dépendantes.
La question du suivi des patients a également occupé une place centrale dans les échanges. Sophie Kelley, responsable du département des produits de santé à la Cnam, a insisté sur le fait que l’appareillage auditif ne se limite pas à un équipement initial, mais s’inscrit dans un parcours de soins. Or, les données montrent que « 66 % des patients sont suivis au moins une fois dans l’année », un niveau encore insuffisant au regard des besoins, puisqu’un suivi plus régulier est recommandé. Elle a souligné que des efforts restent nécessaires pour améliorer cette dimension essentielle de la prise en charge.
Dans une perspective plus large, Quentin Bériot, délégué général de la Fédération des institutions de prévoyance (FIPS, ex-CTIP), a mis en garde contre les lectures trop simplistes du dispositif. Il a rappelé l’évolution très significative des dépenses, indiquant que celles-ci sont passées « de 170 millions à 3 milliards ». Pour lui, cette progression justifie pleinement les interrogations actuelles, tout en appelant à poursuivre les échanges pour construire des solutions équilibrées. Il a également insisté sur la nécessité de développer la prévention, notamment en milieu professionnel, et de maintenir un suivi régulier avec les patients.
Enfin, Yann-Gaël Amghar, président du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) et inspecteur général des affaires sociales, a alerté sur la dynamique des coûts du dispositif, en partie liée au poids encore majoritaire des équipements de classe 2. Selon lui, cette évolution, répercutée sur les cotisations des complémentaires, pèse au final sur les assurés, avec un risque de démutualisation, en particulier chez les publics âgés qui ont subi de fortes hausses de leurs cotisations. Il appelle à un renforcement de la régulation, tant sur la communication que sur l’organisation de l’offre. Il a notamment pointé une incohérence dans le cadre actuel, les dispositifs médicaux échappant aux règles habituelles encadrant la publicité des produits remboursés. Il s’est également inquiété de la densité du réseau de distribution, estimé à plus de 8 000 centres, jugé potentiellement inflationniste, appelant à mieux en maîtriser le développement. Une analyse partagée par le SDA, qui souligne toutefois que les outils actuels ne permettent pas d’encadrer les installations.
Au terme des échanges, un constat s’impose : le 100 % Santé en audiologie a permis des avancées majeures en matière d’accès aux soins. Mais face à la montée des coûts, aux enjeux de suivi et aux besoins croissants liés au vieillissement de la population, le modèle doit désormais évoluer. Tous les intervenants s’accordent sur un point : seule une réflexion collective permettra de préserver les acquis tout en adaptant le dispositif aux défis à venir.
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